Raisonnement par récurrence
L'ordre de ℕ, l'axiome du plus petit élément, et les principes de récurrence qui s'en déduisent.
L'ordre de ℕ¶
ℕ muni de ≤ est un ensemble totalement ordonné, et ≤ est compatible avec la somme et le produit : c'est l'ordre des réels, restreint aux entiers naturels.
Toute partie non vide de ℕ admet un plus petit élément.
Toute partie non vide et majorée de ℕ admet un plus grand élément. (Le cours l'admet aussi comme axiome ; il se déduit du précédent.)
Soit A une partie non vide et majorée de ℕ. L'ensemble de ses majorants est une partie non vide de ℕ : d'après l'axiome du plus petit élément, il a un plus petit élément m.
Supposons m ∉ A. Comme A n'est pas vide, il contient un a, et a < m, donc m > 0. Alors tout a ∈ A vérifie a ≤ m − 1 : m − 1 serait un majorant plus petit que m, ce qui est impossible.
Donc m ∈ A : m est le plus grand élément de A.
Récurrence simple¶
Soit P(n) une propriété dépendant de n ∈ ℕ telle que P(0) soit vraie et ∀n ∈ ℕ, P(n) ⟹ P(n + 1). Alors pour tout entier naturel n, P(n) est vraie.
Supposons la conclusion fausse : il existe n0 tel que ¬P(n0). On considère alors A = {k ∈ ℕ | ¬P(k)}.
0 ∉ A, et d'autre part A est une partie non vide de ℕ (n0 ∈ A). D'après l'axiome qui précède, A admet un plus petit élément k0, et k0 > 0.
k0 − 1 ∉ A, donc P(k0 − 1) est vraie. Or ∀n ∈ ℕ, P(n) ⟹ P(n + 1), donc P(k0) est vraie : c'est une contradiction, car k0 ∈ A.
Soit a ∈ ℤ et P(n) une propriété dépendant de l'entier n ≥ a, telle que P(a) et ∀n ≥ a, P(n) ⟹ P(n + 1). Alors pour tout entier n ≥ a, P(n) est vraie.
Exemple : Comparer une puissance de 2 et un carré.
On pose Q(m) = P(m + a) pour m ∈ ℕ, et on applique le théorème de récurrence à Q(m).
Illustre : Récurrence à partir d'un rang a.
Initialisation : pour n = 4, 2n = 16 et n2 = 16.
Hérédité : supposons 2n ≥ n2 avec n ≥ 4. Alors
En effet, 2n2 − (n + 1)2 = n2 − 2n − 1. Le trinôme x² − 2x − 1 a pour discriminant 8, et pour racines 1 − 2 et 1 + 2, qui est strictement inférieure à 3 : il est donc strictement positif en n, puisque n ≥ 4.
Récurrence forte¶
Soit P(n) une assertion qui dépend de l'entier naturel n, telle que P(0) et ∀n ∈ ℕ, (∀k ∈ ⟦0, n⟧, P(k)) ⟹ P(n + 1), c'est-à-dire P(0) ∧ … ∧ P(n) ⟹ P(n + 1). Alors ∀n ∈ ℕ, P(n).
Exemples : Produit de nombres premiers, Somme de puissances de 2, Une suite sous-additive.
On applique la récurrence simple à Q(n) : « P(0) ∧ … ∧ P(n) ». Q(0) est P(0), et si Q(n) est vraie, l'hypothèse donne P(n + 1), donc Q(n + 1). Ainsi Q(n), donc P(n), est vraie pour tout n.
Tout entier n ≥ 2 s'écrit comme produit de nombres premiers.
Illustre : Récurrence forte (ou multiple).
Notons P(n) : « n s'écrit comme produit de nombres premiers ».
Initialisation : 2 est un nombre premier.
Hérédité : supposons P(2), …, P(n) avec n ≥ 2, et considérons n + 1. 1er cas : n + 1 est premier. 2e cas : il existe des entiers a et b compris entre 2 et n tels que n + 1 = ab ; comme on a P(a) et P(b), n + 1 est un produit de nombres premiers : on a P(n + 1).
Conclusion : par le principe de récurrence forte, on en déduit la propriété voulue.
Tout entier naturel n ≠ 0 s'écrit comme somme de puissances de 2 distinctes.
Illustre : Récurrence forte (ou multiple).
Initialisation : 1 = 1.
Hérédité : supposons la propriété vraie du rang 1 au rang n, et considérons n + 1.
1er cas : n + 1 est une puissance de 2. 2e cas : il existe k ∈ ℕ tel que 2k < n + 1 < 2k + 1. Alors n + 1 = 2k + r avec 0 < r < 2k, et r ≤ n : r est une somme de puissances de 2 distinctes, qui sont toutes strictement inférieures à 2k. En leur ajoutant 2k, on écrit n + 1 comme somme de puissances de 2 distinctes.
Soit (an)n ≥ 1 une suite de réels telle que pour tous entiers naturels non nuls i et j, ai + j ≤ ai + aj. Montrons que pour tout n ∈ ℕ*, ∑nk=1 akk ≥ an.
Illustre : Récurrence forte (ou multiple).
Initialisation : a1 ≥ a1.
Hérédité : supposons la propriété vraie aux rangs 1, 2, …, n. En ajoutant ces n inégalités, chaque akk apparaît n − k + 1 fois :
On ajoute ∑nk=1 ak de part et d'autre, en écrivant la seconde somme à l'envers :
On ajoute an + 1 de part et d'autre : (n + 1)∑n + 1k=1 akk ≥ (n + 1)an + 1, et on divise par n + 1.
Exemple : Petite application : parties entières.
Illustre : Une suite sous-additive.